Investissement Afrique
250 milliards de dollars affluent en Afrique : la logique du capital dévoilée par la carte des investissements greenfield en 2025
Selon les données de l'UNCTAD, les dix plus grands projets d'investissement greenfield en Afrique en 2025 devraient attirer environ 25 milliards de dollars de dépenses en capital. Cet article décortique les flux de capitaux, les sources et la logique d'investissement, et analyse les nouveaux changements dans la configuration du capital en Afrique.
250 milliards de dollars affluent en Afrique : la logique du capital révélée par la carte des investissements greenfield en 2025
En 2025, les investissements greenfield en Afrique connaissent une forte vague d'annonces. Selon les données de la CNUCED (Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement), les dix plus grands projets greenfield représentent des dépenses d'investissement estimées à environ 250 milliards de dollars, couvrant plusieurs secteurs stratégiques tels que la chimie, l'énergie et les mines.
I. Que s'est-il passé : les dix plus grands projets d'investissement greenfield en Afrique en 2025
Classés par dépenses d'investissement estimées, les dix plus grands projets sont les suivants :
1. Ghana : projet chimique de 5 milliards de dollars, investi par Al Jedad Holding (Qatar). 2. Ouganda : projet pétrole et gaz de 4 milliards de dollars, investi par Alpha MBM Investments (Émirats arabes unis). 3. Mauritanie : projet d'énergies renouvelables de 3,1 milliards de dollars, investi par Möhring Energie Group (Allemagne). 4. Éthiopie : projet chimique de 3 milliards de dollars, investi par Dangote Group (Afrique). 5. Éthiopie : projet de charbon/pétrole et gaz de 2,5 milliards de dollars, investi par Golden Concord Holdings (Hong Kong). 6. Angola : projet pétrole et gaz de 2,5 milliards de dollars, investi par TotalEnergies (France). 7. Angola : projet pétrole et gaz de 2,5 milliards de dollars, investi par BP (Royaume-Uni). 8. Zambie : projet de raffinerie de cuivre de 1,25 milliard de dollars (extension Kansanshi S3, etc.). 9. RD Congo : projet de 1,1 milliard de dollars, soulignant son attrait pour les investissements en ressources. 10. Zambie : projet de 1,1 milliard de dollars, renforçant encore son statut de destination clé pour les minéraux critiques.
Ces projets marquent une transformation structurelle des investissements greenfield en Afrique : les secteurs de ressources traditionnels restent solides, mais les énergies renouvelables et les projets chimiques intersectoriels sont en plein essor.
II. D'où vient le capital ?
- En termes de sources de financement, le paysage des investissements en 2025 présente un caractère diversifié :- Capitaux du Moyen-Orient : le qatari Al Jedad Holding et l'émirati Alpha MBM Investments ont respectivement mené les investissements dans la chimie au Ghana et dans le pétrole et le gaz en Ouganda. Les investisseurs du Moyen-Orient transforment leurs revenus énergétiques en actifs à long terme en Afrique.
- Capitaux européens : l’allemand Möhring Energie entre dans les énergies renouvelables en Mauritanie ; le français TotalEnergies et le britannique BP renforcent simultanément leur présence dans le pétrole et le gaz en Angola. L’implantation des géants européens de l’énergie en Afrique reflète leur double préoccupation de sécurité de la chaîne d’approvisionnement et de transition énergétique.
- Capitaux asiatiques : le hongkongais Golden Concord Holdings investit dans des projets de charbon/pétrole et gaz en Éthiopie, ce qui montre l’intérêt des capitaux asiatiques pour le déficit énergétique et les besoins en infrastructures de l’Afrique.
- Capitaux intra-africains : l’entrée du groupe Dangote du Nigéria en Éthiopie est un cas typique d’investissement transfrontalier africain, indiquant que les entreprises africaines commencent à répliquer leurs capacités industrielles dans les pays voisins.
Il convient de noter que ces investissements proviennent pour la plupart de consortiums d’entreprises et de multinationales, plutôt que d’une aide publique au développement au sens traditionnel. Les capitaux recherchent des rendements commerciaux, et non des dividendes d’aide.
3. Pourquoi ces pays et ces secteurs ?
Les dotations en ressources sont le premier moteur. Les projets pétroliers et gaziers en Ouganda et en Angola répondent directement au déficit d’offre du marché mondial de l’énergie ; les projets de cuivre en Zambie et en République démocratique du Congo (RDC) s’inscrivent dans la « courbe de demande de cuivre » de l’électrification mondiale et de la transition énergétique. Le cuivre est la pierre angulaire des véhicules électriques, des réseaux électriques et des équipements d’énergie renouvelable, et la ceinture de cuivre de l’Afrique centrale devient le point focal des minéraux critiques mondiaux.
La transition énergétique a ouvert une nouvelle fenêtre. Le projet d’énergies renouvelables de 3,1 milliards de dollars en Mauritanie constitue un déploiement approfondi d’une entreprise énergétique allemande de taille moyenne. L’Afrique du Nord et le Sahel disposent de ressources solaires et éoliennes très abondantes et sont proches du marché européen, ce qui en fait des bases potentielles pour l’exportation d’hydrogène vert et d’électricité.
La démographie et la taille du marché attirent les investissements industriels. Les investissements de Dangote et de Golden Concord en Éthiopie ne s’expliquent pas seulement par son potentiel énergétique, mais aussi par le marché de consommation et les perspectives d’industrialisation de l’Éthiopie, deuxième pays le plus peuplé d’Afrique. La chimie est le fondement de l’industrialisation, et ces projets génèrent souvent un effet de cluster sur l’ensemble de la chaîne industrielle, en amont comme en aval.
4. Comment la configuration régionale des capitaux évolue-t-elle ?
- Cette vague d’investissements est en train de redessiner la carte régionale des investissements en Afrique :- Afrique de l'Est : Le développement pétrolier et gazier en Ouganda et les projets industriels en Éthiopie se répondent du nord au sud. Avec les plans portuaires et de pipelines au Kenya et en Tanzanie, l'Afrique de l'Est pourrait devenir un nouveau corridor énergétique et manufacturier.
- Afrique de l'Ouest : Le projet chimique de 5 milliards de dollars au Ghana pourrait lui permettre de passer d'un exportateur de matières premières à un centre industriel régional, en concurrence et en coopération avec le secteur du raffinage du Nigéria.
- Afrique centrale et australe : Le corridor de la ceinture de cuivre entre la Zambie et la RDC attire des investissements « en aval » au-delà de l'exploitation minière, notamment la fusion, l'affinage et la transformation de matériaux pour batteries. Cela change le modèle antérieur d'exportation de minerais bruts.
Parallèlement, les investissements transfrontaliers intra-africains (comme Dangote) augmentent également. Cela favorise l'intégration des chaînes d'approvisionnement régionales, mais des obstacles subsistent, notamment le risque de change, les goulots d'étranglement logistiques et l'instabilité politique.
V. Où les capitaux continueront-ils de se diriger à l'avenir ?
Sur la base des signaux de 2025, les flux de capitaux au cours des 5 à 15 prochaines années suivront quatre grandes orientations :
1. Minerais critiques et transformation approfondie : Les métaux de l'électrification comme le cuivre, le lithium, le cobalt et le nickel passeront de l'extraction à la fusion et à la transformation des matériaux. La Zambie, la RDC et l'Afrique du Sud pourraient former de nouveaux clusters en aval du secteur minier. 2. Énergies renouvelables et hydrogène vert : Les projets solaires et éoliens en Afrique du Nord, en Mauritanie et en Namibie devraient attirer davantage de capitaux européens et moyen-orientaux. L'hydrogène vert devient un nouveau point focal de la coopération internationale. 3. Industrialisation agricole et chimie : Les terres agricoles et les ressources pétrolières et gazières de l'Afrique fournissent une base pour les engrais, la chimie et la transformation alimentaire. Des pays comme le Ghana et le Nigéria pourraient devenir des centres régionaux. 4. Infrastructures numériques : Bien que les dix premiers projets ne soient pas directement concernés, les centres de données, les réseaux de fibre optique et les fintech attirent d'importants capitaux de risque et investissements privés, notamment au Nigéria, au Kenya et en Afrique du Sud.
Cependant, il faut se méfier : une annonce ne signifie pas une réalisation. De nombreux grands projets se heurtent à des difficultés de clôture de financement, à des retards de permis, à des fluctuations de change et à des risques sécuritaires. Ce que les investisseurs mondiaux veulent vraiment savoir : quels projets pourront traverser la « vallée de la mort » et générer des flux de trésorerie stables ?
Conclusion : signaux et bruit
L'annonce de projets de 25 milliards de dollars signifie-t-elle que le capital mondial réévalue la valeur d'investissement de l'Afrique ? La réponse est un « optimisme prudent ». Les capitaux affluent effectivement, mais la structure se polarise nettement : les projets liés aux ressources dominent toujours, et la diversification en est encore à ses débuts.
Pour les allocataires de capitaux, l'essentiel n'est pas de courir après chaque chiffre à la une, mais d'identifier les actifs dotés d'accords d'achat fiables, d'un soutien gouvernemental et d'une capacité d'exécution des projets. L'histoire du capital africain passe de « l'extraction des ressources » à la « capture de valeur », mais ce chemin prend du temps.
Au cours de la prochaine décennie, les pays capables de transformer leurs ressources naturelles en capacités industrielles locales et de convertir le dividende démographique en marchés de consommation deviendront véritablement les nouvelles destinations du capital mondial.
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Source de l'information : UNCTAD via Safari Brief
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